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Dans le cadre de sa série de portraits sur les « redresseurs d’entreprise », Vincent Charbonnier (Les Echos, a rencontré Sébastien Gauthier, associé chez Alandia, qui est engagé depuis 3 ans dans la relance de l’industriel savoyard Carbone Savoie.

 

L’investisseur à la tête de Carbone Savoie

 

A quarante ans, Sébastien Gauthier assume volontiers son rôle de sauveteur industriel. Associé chez Alandia, un fonds qui investit dans des entreprises en difficulté au côté de l’équipe de direction, il est l’un des quelques spécialistes du retournement français .

 

Après un diplôme de l’école HEI (hautes études d’ingénieur) à Lille, et un MBA de business administration à Harvard, il passe d’abord huit ans chez Air France. Puis il trouve son Graal chez Alandia après avoir fait ses premiers pas de redresseur chez Caravelle. Au côté de Nicolas de Germay, fondateur d’Alandia, il participe, entre autres, à la restructuration du fabricant d’aliments pour chiens et chats Continentale Nutrition à Boulogne-sur-Mer, cédé à un groupe irlandais. Depuis avril 2016, il est aux commandes de Carbone Savoie. Mais il reste discret sur la prise de participation d’Alandia.

 

Errements

 

« J’avais envie d’être entrepreneur, je recherchais un environnement où il y a de l’action », confie le quadragénaire, qui, pour la première fois de sa carrière, a investi personnellement dans ce projet. Son choix s’est porté sur  Carbone Savoie après l’analyse du dossier présenté par une banque d’affaires. Selon lui, les difficultés de cet industriel , l’un des trois acteurs mondiaux du graphite synthétique, ne s’expliquaient pas « par le marché », mais par ses « errements ». Fort de son diagnostic, il lui a fallu ensuite convaincre ses associés d’investir dans la société.

« Dans le monde des entreprises en difficulté, vous avez trois attitudes : les investisseurs qui restent à Paris, ceux qui font du management de transition sans prendre de risques, et quelques acteurs qui mènent eux-mêmes le redressement jusqu’à ce que l’entreprise sorte de l’ornière et soit adossée à un groupe solide », analyse-t-il. Inutile de dire que Sébastien Gauthier s’identifie à ces derniers. Son engagement est censé rassurer les autres investisseurs, l’équipe de management et les salariés, dont il s’agit de gagner la confiance dans un climat souvent anxiogène, parfois hostile.

« Vous ne pouvez pas redresser une entreprise sans dialogue social, contre l’avis des salariés, c’est encore plus vrai dans une entreprise en difficulté », énonce-t-il. Depuis trois ans, neuf accords ont été signés avec les syndicats, dont un sur l’organisation de temps de travail, qui a été allongé. Non sans quelques frictions. Deux sessions d’information sont organisées chaque année par groupe de 40 à 50 salariés sur la situation de la société.

En octobre 2017, un accord a débouché sur l’ouverture de son capital aux salariés à hauteur de 5 %. 92 % des 400 salariés ont souscrit au fonds commun de placement d’entreprise (FCPE) de reprise mis en place, le deuxième après celui de La Redoute.

Autre son de cloche du côté des syndicats. Si Yann Genet, secrétaire CGT du Comité social et économique (CSE) reconnaît que le retournement est « extrêmement positif »sur le plan des investissements réalisés, il dénonce certains choix industriels comme l’arrêt en septembre prochain de la production de cathodes carbone, et l’attitude des actionnaires qui se préparent avant tout « à la revente de l’entreprise ».

 

Batteries automobiles

 

 « Le retournement, c’est un métier passionnant, plein d’adrénaline au quotidien, qui demande une polyvalence de compétences dans le domaine social, commercial ou managérial », glisse Sébastien Gauthier. Avec des moments de doute partagés avec ses associés, admet-il et sans temps mort. Chez lui, le week-end, il lui est souvent « difficile de se reconnecter à des sujets plus frivoles », reconnaît ce père de trois enfants, qui a placé une citation (en anglais) de Saint-Exupéry derrière son bureau à Vénissieux : « What is essential is invisible to the eye ».

 

Aujourd’hui, Carbone Savoie, qui a dégagé 14,5 millions d’euros de résultat en 2018 et versé un intéressement de 5.000 euros net par salarié, se tourne vers le marché de la poudre de graphite synthétique pour batteries automobiles. L’industriel repart de l’avant. Un investissement de 11 millions est en cours pour le remplacement d’un four à Vénissieux, un autre de 15 millions est projeté.

L’intégralité du portait est consultable sur ce lien.