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Carbone Savoie parie sur la mobilité électrique

Audrey Henrion a publié le 25 février 2019 un article sur Carbone Savoie dans le Journal des Entreprises :

Au terme d’un redressement spectaculaire opéré en trois ans, Carbone Savoie, spécialisée dans la production de graphite synthétique entrant dans la composition des batteries lithium-ion pour véhicules électriques vise le marché de l’électromobilité. Enjeu : répondre aux besoins de l’industrie automobile post-pétrole.

Une « vieille dame industrielle » au redressement spectaculaire. Et aux ambitions planétaires. Carbone Savoie, cédé au fonds de retournement Alandia Industries en 2016, n’a pas seulement « sauvé sa peau » dixit son PDG, Sébastien Gauthier. L’entreprise spécialisée dans la fabrication de carbone et de graphite synthétique pour les batteries lithium-ion des véhicules électriques, qui emploie 250 salariés au siège à Notre-Dame-de-Briançon en Savoie, et 150 à Vénissieux, ex-filiale du géant minier anglo-australien Rio Tinto, est de retour dans la compétition mondiale. De 60 M€ de chiffre d’affaires en 2016, elle a atteint en 2017 93 M€ de CA pour 2,6 M€ de résultat net. Et 120 M€ de CA en 2018 avec 10% de rentabilité.

Le producteur de matière cathodique, spécialiste du graphite synthétique, a bénéficié, depuis trois ans, d’investissements massifs : 30 millions d’euros sur la période 2016-2019 misés par Sébastien Gauthier, ingénieur diplômé d’un MBA à Harvard, avec le soutien de son actionnaire et ex-employeur.

Baisse significative des coûts de revient

Une manne versée en contrepartie d’une sévère chasse aux coûts et d’une renégociation du temps de travail avec les 380 salariés. Mais les licenciements sont évités. « Nos charges étaient déraisonnables au regard de nos concurrents mondiaux. Refuser cette réalité, c’était accepter la mort de Carbone Savoie, claque Sébastien Gauthier. On a su collectivement sortir des débats aseptisés pour se battre dans l’intérêt collectif. » Conséquence : en un an et demi, une baisse de 30  % des coûts de revient à la tonne. De quoi être agressifs commercialement et gagner des parts de marché, avec un chiffre d’affaires provenant à 95 % de l’export.

Diversification des marchés

La chasse aux coûts s’opère en même temps que la hausse de la productivité. L’usine passe de 380 salariés et 20 000 tonnes de graphite en 2016 à 400 salariés pour 35 000 tonnes produites en 2018. En parallèle, le dirigeant entame une large diversification des marchés, portée par la R&D (2 M€ par an avec 26 ingénieurs et techniciens spécialisés dans le graphite). Il s’oriente vers le marché des batteries lithium-ion, élément essentiel des véhicules électriques et dont le graphite synthétique – principal composant de l’anode – est l’un des éléments de base. « Ce marché des batteries est en hausse de 20  % par an » estime le quadra, qui travaille en parallèle avec des universités, des laboratoires (comme le Laboratoire d’Innovation pour les Technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux a Grenoble) et des industriels spécialisés dans la micronisation. « En 2019, nous investirons encore 20 millions d’euros dans la modernisation de nos équipements industriels » précise-t-il.

Basculement vers l’électromobilité

Sébastien Gauthier inscrit le redressement de Carbone Savoie dans une vision plus large : la compétition, sinon la « guerre économique », à laquelle se livrent les grandes puissances mondiales. Il s’agit de sauver la filière automobile, qui va basculer d’ici 2030 vers l’électromobilité. «  L’Europe a déjà dix ans de retard sur l’Asie mais on a encore une carte à jouer car les batteries ne répondent pas encore aux attentes d’autonomie et de vitesse de chargement  », relève Jean-Luc Brossard, directeur R & D de la filière automobile et mobilités et directeur du programme Véhicules à faible empreinte environnementale. La condition selon lui : «  maîtriser la technologie des batteries lithium-ion  ». Fin janvier, Carbone Savoie a répondu à un appel à manifestation d’intérêt lancé par la Direction générale des entreprises. L’objet : construire un consortium français ou européen capable de répondre aux besoins de conception et production de cellules et modules de batteries de nouvelle génération.

Une « gigafactory » européenne 

 

En clair, permettre le développement d’une nouvelle filière industrielle porté par les géants Saft et Siemens, lesquels pourraient être rejoints par des géants tels Arkema et Solvay. Mi-décembre, la France et l’Allemagne ont scellé un accord de soutien commun à la filière européenne des batteries pour répondre aux besoins – urgents et touchant à l’indépendance stratégique de l’Europe vis-à-vis de l’Asie – d’électromobilité. La filière automobile française estime qu’en 2035 35 % des véhicules seront électriques. Or, pour Sébastien Gauthier, avec ses 35  000 tonnes de production de graphite synthétique, Carbone Savoie a une carte à jouer. « L’Europe va devoir se doter d’une « gigafactory » (une usine géante de fabrication de batteries, à l’instar de celle de Tesla aux États-Unis, N.D.L.R.), confirme Jean-Luc Brossard. Et au sein de la chaîne de valeur, les besoins en graphite sont évidents. »

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Florence Lambert, Directrice du CEA-Liten (Laboratoire d’Innovation pour les Technologies des Énergies nouvelles et les Nanomatériaux)

Le Liten compte 200 chercheurs dédiés aux batteries, ce qui en fait un des plus gros pôles de R&D européen. Pensez-vous que le projet gigafactory puisse impacter les entreprises régionales ?

F.L. : La France compte deux acteurs, Saft pour être partie prenante dans l’alliance franco-allemande en Région Nouvelle Aquitaine et Blue solution en Bretagne. Mais Auvergne-Rhône-Alpes a de quoi monter en puissance sur la gigafactory.

À quelles filières et entreprises pensez-vous ?

F.L. : Sur tout le volet amont, je pense à la « grande chimie » (avec Arkema) ou de plus petits acteurs comme Carbone Savoie et, sur les composants des cellules, la plasturgie et le projet « Greenlion ». Sur le volet aval, il faudra compter sur des acteurs de l’électronique dont Schneider mais aussi des entités présentes via des batteries « management system » (contrôle de la charge et de la décharge des accumulateurs, N.D.L.R.) comme WattsAlp. Pour le recyclage et la seconde vie, Snam (Saint-Quentin-Fallavier) est leader national voire européen. D’un point de vue R & D Tenerrdis et Axelera pourraient être activés.

Quels sont les risques ?

F.L. : La filière en aval est la moins exposée car son développement sera indépendant de la réussite de la gigafactory. Mais les acteurs asiatiques sont en train de fabriquer cette chaîne de valeur. Si l’on ne maîtrise pas le cœur de technologie, le risque est de voir nos entreprises concurrencées par le même acteur d’intégration, mais chinois.

L’article original est disponible sur ce lien.